PREMIÈRES LIGNES #4 | HAILEY

Bonjour à tous!

J’espère que vous avez passé une bonne semaine, et je vous souhaite d’ailleurs de passer un bon week-end!

En ce qui me concerne, je vous retrouve aujourd’hui pour vous faire découvrir le fabuleux livre d’Estelle Maskame, il s’agit du premier tome de la saga DIMILY: Did I mention I love you! Je vous laisse donc avec les premières lignes, j’espère que cela vous donnera autant envie de le lire que moi! Et si cela vous intéresse, n’hésitez pas à aller lire mon avis complet sur ce roman en cliquant ici!

Si vous avez déjà lu ce roman, dites-moi vos impressions sur celui-ci en commentaire!


 

DID I MENTION I LOVE YOU

Estelle Maskame, 2015

« Si les films et les livres m’ont appris une chose, c’est que Los Angeles, ses habitants et ses plages sont ce qu’il y a de plus cool sur cette terre. Par conséquent, et comme toutes les filles du monde, je rêvais de voir la Californie, le Golden State ! Courir sur le sable de Venice Beach, poser mes mains dans les empreintes de mes stars préférées sur le Walk of Fame, grimper jusqu’aux lettres géantes de Hollywood et de là, admirer cette ville merveilleuse.
Ça, et tous les autres trucs à touristes un peu bidon.
Un écouteur à l’oreille, je cherche distraitement une percée dans la foule autour du tapis roulant pour récupérer ma valise. Les gens se bousculent et parlent fort. Il y en a un qui crie que leur sac vient de passer et un autre qui lui hurle que ce n’était pas le leur. Excédée, je me concentre sur la valise vert foncé qui arrive à ma hauteur. C’est bien la mienne : j’ai écrit les paroles d’une chanson sur le côté. J’attrape sa poignée aussi vite que possible.
— Par ici ! crie une voix familière et incroyablement grave, noyée dans la musique de mon iPod.
Même avec le volume à fond, je la reconnaîtrais à des kilomètres. Une voix trop douloureuse et irritante pour passer inaperçue.
Quand Maman m’a annoncé que mon père voulait ma garde pour l’été, on a toutes les deux été prises d’un fou rire tellement cette idée paraissait insensée. « Tu n’es pas obligée de l’approcher », me rappelait chaque jour Maman. Trois ans sans donner aucun signe de vie et tout à coup il voulait que je passe un été entier avec lui ? Il lui aurait suffit de m’appeler de temps en temps, peut-être de prendre de mes nouvelles pour revenir petit à petit dans ma vie, mais non, lui, il avait décidé d’y aller franco et de demander à passer huit semaines avec moi. Maman était complètement contre. Selon elle, il ne le méritait pas, ça ne rattraperait pas le temps perdu. Résultat, mon père a mis un point d’honneur à me convaincre que j’adorerais le sud de la Californie. Pourquoi a-t-il soudain décidé de reprendre contact ? Mystère. Espérait-il recoller les liens brisés le jour où il est parti ? Je doutais franchement que cela soit possible, et pourtant, j’ai cédé et je l’ai appelé pour lui dire que je venais. Ma décision n’avait rien à voir avec lui.
Ce que je voulais, c’était un été chaud, des plages fabuleuses et la possibilité de tomber amoureuse d’un mannequin Abercrombie & Fitch aux pectoraux bronzés. Et puis, j’avais mes raisons de partir à mille cinq cents kilomètres de Portland.
Tout ça pour dire que je ne suis pas particulièrement ravie de voir la personne qui s’avance vers moi à ce moment précis.
Trois ans, c’est long. Il y a trois ans, je mesurais une tête de moins. Il y a trois ans, mon père n’avait pas les cheveux poivre et sel. Il y a trois ans, tout cela n’aurait pas été aussi bizarre.
Je souris jusqu’aux oreilles pour dissimuler une moue permanente que je ne veux pas avoir à expliquer. C’est tellement plus simple de sourire.
— Mais ! C’est bien ma petite fille ? s’écrie mon père, éberlué.
Ça alors, les gens de seize ans n’ont pas la même tête que quand ils étaient au collège, comme c’est étrange.
— Eh oui..
Je retire mon écouteur qui continue de bourdonner discrètement.
— Tu m’as manqué, Eden.
Comme si le savoir allait me submerger de bonheur, comme si j’allais me jeter au cou de celui qui nous a abandonnées, et lui pardonner sur-le-champ. Désolée, ça ne marche pas comme ça. Le pardon, ça se mérite.
Ceci dit, si je dois cohabiter avec lui pendant huit semaines, j’ai intérêt à mettre les hostilités de côté.
— Toi aussi, tu m’as manqué.
Il rayonne, ses fossettes creusent ses joues comme des taupes creusent des trous dans la terre.
— Je prends ton sac, dit-il en s’emparant de ma valise à roulettes.
Je le suis vers la sortie de l’aéroport, à l’affût d’une star de cinéma ou d’un mannequin qui passerait par là. Sur le parking gigantesque, le soleil brûlant me picote la peau, et la brise légère fait danser mes cheveux. Quelques nuages viennent perturber le ciel.
— Moi qui croyais qu’il ferait meilleur ici, je commente, agacée.
Malgré les stéréotypes, la Californie ne semble pas épargnée par les nuages, le vent et la pluie. Je n’ai jamais envisagé la possibilité que l’été à Portland, aussi pénible soit-il, puisse être plus chaud qu’à Los Angeles. Je suis tellement déçue, je ferais aussi bien de rentrer chez moi, même si l’Oregon, c’est complètement nul.
— Il fait tout de même assez chaud, dit Papa avec un haussement d’épaules contrit.
Du coin de l’œil, je constate son irritation grandissante tandis qu’il cherche en vain un sujet de conversation. On pourrait parler de l’atmosphère pesante de cette situation.
Il s’arrête devant une Lexus noire, immaculée, qui me laisse sans voix. Avant le divorce, ma mère et lui se partageaient une vieille Volvo qui tombait en panne une fois par mois, quand on avait de la chance.
Soit son nouveau boulot est très bien payé, soit il avait simplement décidé de ne pas dépenser un sou pour nous. Nous n’en valions peut-être pas la peine.
— C’est ouvert, dit-il en chargeant ma valise dans le coffre.
J’enlève mon sac à dos et je monte. Le cuir est brûlant sous mes cuisses découvertes. J’attends quelques instants que mon père se glisse au volant et démarre.
— Alors, tu as fait bon voyage ?
— Ouais, ça allait.
Ma ceinture attachée, sac sur les genoux, je regarde droit devant, les yeux dans le vague. La lumière aveuglante me force à chausser mes lunettes de soleil. Je pousse un soupir.
Il me semble entendre mon père déglutir pour s’éclaircir la voix.
— Comment va ta mère ?
— Très bien, je m’exclame avec un peu trop d’entrain, pour lui montrer qu’elle s’en sort à merveille sans lui.
Ce n’est pas tout à fait vrai. Elle s’en sort. Pas très bien, mais pas trop mal. Elle a passé ces
dernières années à essayer de se convaincre que le divorce lui a beaucoup appris. Elle veut croire que c’est une leçon de vie dont elle ressort grandie, mais sincèrement ça n’a fait que la dégoûter des hommes.
— Elle n’a jamais été en meilleure forme.
Mon père hoche la tête et empoigne fermement le volant pour s’insérer dans la circulation dense mais rapide. Les voitures foncent sur les nombreuses voies. Ici, pas de gratte-ciel aussi imposants qu’à New York, pas de rangées d’arbres serrés comme chez moi, le paysage est dégagé. Je découvre avec satisfaction la présence de palmiers. Une partie de moi s’est toujours demandé si ce n’était pas une légende.
Nous passons sous plusieurs panneaux de direction. À la vitesse où nous allons, les mots qui défilent au-dessus de ma tête restent flous. Pour éviter un nouveau silence, mon père toussote et fait une seconde tentative.
— Tu vas adorer Santa Monica, dit-il avec un très bref sourire. C’est une ville géniale.
— Oui, j’ai un peu regardé sur Internet.
Un bras contre la vitre, j’observe le boulevard. Jusqu’à présent, L.A. n’est pas aussi glam que sur les photos.
— C’est la ville où il y a une espèce de fête foraine sur une jetée, c’est ça ?
— Oui. Pacific Park.
Le soleil fait scintiller son alliance en or sur le volant. Mon grommellement ne passe pas inaperçu.
— Ella est impatiente de te rencontrer.
— Moi aussi.
Je mens. Ella est sa nouvelle femme. Une mère de remplacement : plus neuve, plus performante.
Voilà une chose que je ne comprends pas. Qu’est-ce que cette Ella possède que ma mère n’a pas ? Une meilleure recette de cookies ? Une meilleure technique pour faire la vaisselle ?
Nous prenons la voie de droite.
— J’espère que vous allez bien vous entendre, ajoute-t-il après un long silence étouffant. Je veux vraiment que ça marche.
Il veut peut-être que ça marche, mais moi, je ne suis toujours pas emballée par cette histoire de famille recomposée modèle. Avoir une belle-mère ne me réjouit pas plus que ça. Je veux une famille nucléaire, une famille comme dans les pubs, avec ma mère, mon père et moi. Je n’aime pas devoir m’adapter. Je n’aime pas le changement.
— Elle a combien d’enfants, déjà ? je demande, dédaigneuse.
Parce que non seulement j’ai écopé d’une belle-mère, mais en plus, je dois me coltiner des demifrères, paraît-il.
— Trois. Tyler, Jamie et Chase.
Ma négativité commence à l’énerver.
— Je vois. Ils ont quel âge ?
— Tyler vient d’avoir dix-sept ans, Jamie quatorze et Chase… onze. Essaie de t’entendre avec eux, ma puce.
Du coin de son œil noisette, il me lance un regard implorant.
— Ah. D’accord.
Et moi qui croyais devoir supporter des minus à peine doués de parole.
Une demi-heure plus tard, nous parcourons une route sinueuse dans ce qui semble être la banlieue de la ville. De grands arbres aux troncs épais et aux branches courbées bordent les trottoirs. Ici, les maisons sont toutes plus grandes que celle où je vis avec ma mère, et elles ont toutes une architecture unique. Forme, taille, couleur, il n’y en a pas deux pareilles. La Lexus de mon père s’arrête devant l’une d’elles, en pierre blanche.
— Tu habites ici ?
Deidre Avenue me paraît trop normale ; on se croirait dans le nord de la Californie. L.A. est censée être hors du monde, irréelle, faite de strass et de paillettes, mais pas… normale.
— Tu vois cette fenêtre ? dit mon père, en désignant celle du milieu au premier étage.
— Oui ?
— C’est ta chambre.
— Oh.
Pour deux mois, je ne m’attendais pas à avoir ma propre chambre, mais cette maison a l’air énorme, il doit y avoir des tas de chambres d’amis. Heureusement que je n’ai pas à dormir sur un matelas gonflable au milieu du salon.
— Merci, Papa.
Je prends conscience, au moment de descendre, que le short possède ses qualités et ses défauts. Qualité : j’ai les jambes au frais. Défaut : mes cuisses sont à présent soudées au cuir de la Lexus. Je mets une bonne minute à m’en extirper.
— On ferait mieux d’entrer, dit-il en traînant ma valise derrière lui.
Je le suis sur l’allée pavée jusqu’à la porte d’entrée à panneaux d’acajou. Typique des maisons de riches. Moi, je me contente de fixer mes Converse dont le tour blanc est décoré de mon écriture. Comme sur ma valise, j’y ai écrit les paroles d’une chanson au marqueur. Leur contemplation m’évite de paniquer. Sans tenir compte du fait qu’elle incarne la société de consommation à elle toute seule, la maison est très jolie. Comparée à celle dans laquelle je me suis réveillée ce matin, elle passerait pour un hôtel cinq étoiles. Une Range Rover blanche est garée dans l’allée. Trop tape-à-l’œil, je me dis.
— Tu es nerveuse ?
Il m’adresse un sourire rassurant.
— Un peu.
J’ai essayé de refouler l’interminable liste de tout ce qui pourrait déraper, mais au fond de moi, je suis terrifiée. Et s’ils me haïssaient? »

 

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