PREMIÈRES LIGNES #3 | HAILEY

Hey, salut!

Je vous retrouve aujourd’hui pour vous communiquer des nouvelles lignes, et oui, encore! Et aujourd’hui, vous pourrez lire les premières lignes du merveilleux livres de Morgane Bicail, le merveilleux PhonePlay! C’est un livre qui m’a énormément plu, que j’ai lu en très peu de temps. D’ailleurs, mon avis complet sur ce bouquin est disponible ici!

Mais sans plus tarder, voici les premières lignes du roman, en espérant vous donner envie de lire la suite!

Si vous l’avez lu, dites-moi votre avis dessus en commentaire!

 


 

PHONEPLAY

Morgane Bicail, 2016

Tandis que le soleil hivernal décline lentement, les volutes nuageuses filent dans les cieux sombres
d’une manière étonnamment fascinante. Les yeux rêveurs, j’admire ce spectacle dont je ne me lasserai
sûrement jamais à travers la vitre sale du bus qui me ramène chez moi. Le véhicule sillonne les rues peu
empruntées de ma ville pour en rejoindre les quartiers huppés où j’habite. Une journée de plus vient de
s’écouler. Une journée de plus où rien de spécial ne s’est passé. Une journée si ordinaire, si banale, que
j’ai l’impression de l’avoir déjà vécue un millier de fois, avec pour seule réjouissance un brin de
changement qui la distingue de la précédente.
Je me souviens de la première fois où j’ai fait ce trajet, un an et demi plus tôt. J’avais trouvé que le
bus faisait un bruit insupportable et que les sièges étaient les moins confortables sur lesquels il m’ait été
donné de m’asseoir. Malgré ça, j’avais trouvé le trajet rapide et divertissant. Aujourd’hui, je ne prête
plus du tout attention au bruit enroué du moteur, ni même aux assises défoncées. Mais le trajet ne me
paraît plus du tout rapide ou divertissant. Les jours sont tous les mêmes, au détail près qu’ils sont de plus
en plus chiants.
Quand le bus stoppe enfin à mon arrêt, les ultimes rayons de soleil ne me protègent plus assez du
froid du soir. Alors je cours jusque chez moi. Les rues de mon quartier sont si vides qu’on pourrait y
tourner un film post-apocalyptique où toute trace d’homme aurait disparu. Je serais l’un des seuls
survivants, livrée à moi-même dans le chaos et l’anarchie d’une Terre rasée de toute civilisation. Cette
idée me glace le sang et je ne peux m’empêcher d’accélérer encore un peu plus ma course.
Soulagée, j’arrive enfin devant le portail de ma maison. Un coup de pied dans le battant, et je me
glisse déjà dans notre propriété. Je me précipite jusqu’à la porte d’entrée pour me sentir en totale
sécurité. Une fois à l’intérieur, je soupire de contentement. Enfin un peu de chaleur… Je retire
prestement mes Converse, les abandonne dans l’entrée et file à l’étage pour rejoindre le seul endroit où je
me sente réellement chez moi, dans mon petit nid douillet : ma chambre.
Je traverse la grande mezzanine, prends à gauche, vers ma partie de la maison. Je dépasse la salle
de bains, le bureau et le grand dressing que mon père m’a fait installer l’été dernier mais dont je ne me
sers pas. Enfin, j’arrive à ma chambre, où j’inspire à pleins poumons, m’imprégnant de l’odeur
réconfortante qui flotte dans la pièce. Je pose doucement mon sac à dos près de mon bureau et sors une
cigarette du paquet qui se trouve dans la poche de ma veste. Je récupère aussi mon briquet, planqué dans
un des tiroirs de mon espace de travail, et m’installe sur le petit balcon de ma chambre. J’allume ma
clope et tire une taffe. La nicotine se répand dans ma gorge sèche, réchauffant mon corps en manque
depuis le début de la journée. Merde, ce que ça fait du bien… Je recrache la fumée et la regarde
s’échapper dans l’air froid du soir. Le spectre de particules grisâtres s’élève dans le ciel avant de
disparaître doucement.
Je souris.
Voilà, je me sens moi. Enfin moi, lorsque je suis ici. Assise à même le sol sur mon balcon,
savourant une clope qui risque de bousiller mes pauvres poumons. Oui, je suis moi et je me fiche des
répercussions. Parce que lorsque je suis ici, je ne suis plus l’élève parfaite aux notes et au comportement
exemplaires qui fait la fierté de ses parents. Je peux enfin être l’adolescente que je suis réellement. Celle
qui rêve de liberté et d’indépendance. Je peux être cette fille qui aime prendre la vie comme elle vient, et
qui déteste de quoi sont faits ces jours qui se ressemblent beaucoup trop. Je peux enfin être cette ado qui
n’existe pas aux yeux de ses parents, bien trop occupés par leurs travaux respectifs pour se rendre compte
de son existence. Si seulement ils se doutaient que leur petite fille parfaite est, en réalité, une accro au
tabac et aux soirées arrosées…
Je secoue la tête et tire une nouvelle taffe. Ils sont sûrement aveugles pour ne se rendre compte de
rien. Pour ne pas réaliser que leur fille bien-aimée n’est pas heureuse et qu’elle déglingue sa santé pour
se sentir vivante. J’ai longtemps pensé qu’ils s’en foutaient de moi et que c’était pour ça qu’ils ne
voyaient rien. Mais en fait non, ce n’est pas ça. S’ils ne voient rien, s’ils ne me connaissent pas, c’est
parce qu’ils ne sont jamais là et qu’ils n’ont pas de temps à me consacrer. C’est triste quand on y pense.
Travailler au point qu’on ne connaît plus les personnes qui partagent votre toit, votre vie, votre sang. Je
suppose que c’est comme ça dans beaucoup de familles. Que le travail est prioritaire, primordial, et que
conjoints et enfants passent après. Nous sommes tous trois comme de simples colocataires. Nous
partageons une maison, nous échangeons deux trois phrases lorsque nous nous croisons, mais ça ne va pas
plus loin. Oui, c’est ça. Nous sommes comme de simples colocataires.
Et si c’est à ça que se résume une famille, je préférerais ne pas en avoir du tout.
Je me relève et vais m’accouder à la balustrade, admirant l’horizon parsemé de nuages cotonneux.
L’immense propriété familiale s’étend à perte de vue sous la lumière orangée du soleil couchant qui se
reflète dans le lac en contrebas. Derrière, des hectares de plaines s’étirent à n’en plus finir. Voilà où je
vis. Dans cette forteresse dorée où la beauté du paysage rivalise de grandeur avec la taille des pièces.
Mais cela fait bien longtemps que ces escaliers en marbre brut, les planchers en bois d’ébène et les stucs
au sommet des hauts murs ne me suffisent plus. Ça ne sert à rien de vivre dans un endroit si luxueux s’il y
manque l’essentiel. J’entends par là une famille avec laquelle on peut se fabriquer des souvenirs. Une
mère et un père aimants et attentionnés. Oui, ça ne sert à rien d’avoir une maison pareille si la famille qui
y vit n’est pas à la hauteur. C’est comme pour tout. Un livre peut par exemple avoir la plus belle
couverture qui soit, si le contenu est merdique, il reste merdique. C’est la même chose avec cette maison
et la famille qui y vit. Si la famille est merdique, la maison perd tout intérêt.
Je porte une troisième fois la clope à mes lèvres lorsque mon portable vibre dans la poche de mon
jean. Je l’en extirpe difficilement et découvre un message de quelqu’un d’inconnu. Ou du moins, inconnu
de mon répertoire.
Inconnu : Bonsoir, Alyssa.
Voilà ce que dit le message. Il n’y a rien de plus, aucune information sur l’identité du destinateur.
Une simple salutation, suivie de mon prénom. C’est tout. Je ne peux m’empêcher de m’interroger. Qui
est-ce ? Je ne me souviens pas avoir donné mon numéro à qui que ce soit récemment, alors de qui s’agitil
? Une personne qui me connaît, ça, c’est certain. Il ou elle m’a appelée par mon prénom. Je me mords
la lèvre inférieure, me rassois et réponds.
Alyssa : Salut. Hum… Qui c’est ?
Inconnu : Je pense qu’on s’amuserait plus si je restais anonyme…
J’avale difficilement ma salive en lisant le nouveau message que vient de m’envoyer cette
mystérieuse personne, puis me concentre sur ma clope, comme pour me rassurer. Merde, mais qu’entendelle
par « on s’amuserait » ? Je reste sur la défensive. Toutes les mises en garde de ma mère concernant
les canulars, les plans douteux et autres conneries me reviennent en tête. Une sueur froide me parcourt
l’échine. Suis-je censée continuer à répondre ou devrais-je me raviser ? Je ne sais vraiment pas quoi
penser. Mais le dernier message de cette personne a tellement attisé ma curiosité que je finis par lui
renvoyer un texto.
Alyssa : Comment ça « on s’amuserait » ?
Inconnu : Eh bien… J’aimerais que nous jouions à un jeu ensemble.
Alyssa : Quel genre de jeu… ?
Inconnu : Le genre qui doit rester entre nous.
Je toussote, recrachant un nuage de fumée envahissant. Cet interlocuteur mystère a si bien réussi à
me déstabiliser que j’ai failli m’étouffer avec ma propre cigarette. Par réflexe, je me tape sur le sternum,
comme si cela pouvait m’aider à me sentir mieux.
Lorsque je reprends mes esprits, je vérifie l’heure pour m’assurer que ma mère ne risque pas de
débarquer d’une minute à l’autre, étant donné qu’elle doit exceptionnellement rentrer plus tôt à la maison.
C’est-à-dire vers dix-neuf heures, soit dans une dizaine de minutes. Je me dépêche donc de rédiger un
nouveau message pour l’inconnu et de le lui envoyer.
Alyssa : Qu’est-ce que tu veux dire par « le genre qui doit rester entre nous » ?
Inconnu : Je trouve la vie bien fade, lassante et sans grand intérêt… Alors je me suis dit : « Pourquoi ne pas pimenter un peu le
quotidien en jouant ? »
Je ne peux m’empêcher de penser que moi aussi je trouve la vie bien fade, lassante et sans grand
intérêt. Et savoir que je parle à une personne qui me ressemble, même si je ne la connais pas, me donne
étrangement confiance en elle. Mais, malgré ça, je ne peux m’empêcher de rester sur mes gardes.
Alyssa : Qui t’a donné mon numéro ?
Inconnu : En quoi cela est-il important ?
Alyssa : Je veux seulement savoir lequel de mes amis s’amuse à donner mon numéro à n’importe qui. Parce que si tout cela n’est
qu’un canular, vous êtes les seuls à en rire.
C’est vrai, il y a quatre-vingt-quinze pour cent de chances pour que ça soit Holly, ma meilleure
amie, qui soit en train de me faire une farce. La connaissant, ça ne m’étonnerait pas.
Inconnu : Un canular ? Tu penses réellement que tout cela n’est qu’un canular ?
Alyssa : Eh bien, oui. Pourquoiserais-je censée penser l’inverse ?
Inconnu : Non, Alyssa, je t’assure. Tout ça est loin d’être une blague. C’est très sérieux même. Je te dirai qui m’a donné ton numéro
dès que j’aurai fini de t’expliquer les règles du jeu. Ça te va ?
Alyssa : Vas-y, explique-moi.
Inconnu : Avant tout, j’aimerais savoir si tu es joueuse.
Alyssa : Ça dépend des jeux.
Inconnu : Et si le jeu que je te proposais te plaisait, serais-tu d’accord pour jouer avec moi ?
Je ne sais pas ce qui me pousse à répondre encore. Mais ma curiosité ne fait que s’accroître et
l’emporte sur mon semblant de bon sens. C’est la première fois depuis des mois que quelque chose de tel
m’arrive. Quelque chose qui sorte de l’ordinaire et qui semble intéressant. J’ai l’impression qu’avoir la
possibilité de goûter à la nouveauté et à l’inconnu éveille mes sens. Et je ne peux m’empêcher de vouloir
davantage d’informations au sujet de ce jeu et de cette personne. C’est pourquoi je réponds une fois de
plus.
Alyssa : Pourquoi pas, oui. Dis-moi en quoi ça consiste.
Inconnu : Eh bien… Ça se rapporte à la première question que tu m’as posée : « Qui est-ce ? » Le but du jeu est de découvrir qui je
suis.

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